

La première illustration publiée d'un papillon diurne canadien semble être un dessin d'un amiral (Limenitis arthemis) (voir l'illustration 1, p. 7) ornant un plan de la ville de Halifax réalisé par Moses Harris et publié en 1749. Harris, auteur d'un certain nombre de livres sur les papillons diurnes d'Angleterre, a séjourné à Halifax pendant quelques mois en 1749. Durant son séjour, il a récolté certains éléments de la flore et faune locales.
Au cours des quelque 250 années qui ont suivi, de nombreux chercheurs se sont intéressés aux papillons diurnes canadiens, et un nombre croissant d'ouvrages, trop nombreux pour être tous énumérés ici, ont été publiés. Les personnes mentionnées ci-dessous ont marqué l'histoire de l'étude des papillons diurnes canadiens. Nous centrerons notre attention sur celles qui présentent un intérêt particulier aux plans national et historique.
Sir Joseph Banks, célèbre naturaliste anglais qui a accompagné le capitaine James Cook dans son premier voyage autour du monde, a visité Terre-Neuve et le Labrador en 1766. Il y a amassé une collection de plantes, de mammifères, d'oiseaux et d'insectes (dont des papillons diurnes) et a tenu un journal de ses observations. À compter du XVIIIe siècle, des missionnaires moraves installés le long de la côte du Labrador ont commencé à envoyer des spécimens en Europe. Ces spécimens, qui incluaient des papillons diurnes, ont été soumis pour examen à certains des plus éminents naturalistes européens de l'époque qui s'employaient à décrire les nouvelles espèces qui leur étaient acheminées de partout dans le monde. Les papillons diurnes du Labrador ont servi de spécimens types à des naturalistes comme Jacob Hübner et J.C. Fabricius.
Environ 60 ans après Sir Joseph Banks, John Richardson, naturaliste associé à la première et à la deuxième expédition de Franklin (1819-1822 et 1825-1827), s'est à son tour intéressé aux papillons diurnes. Durant cette expédition dans l'Arctique canadien, Richardson a capturé des papillons diurnes qui ont paru plus tard dans son ouvrage en quatre tomes Fauna boreali-Americana (Kirby, 1837). Une nouvelle espèce de lutin, le lutin brun (Callophrys augustinus), dont la valeur historique est importante, a été nommée en l'honneur d'Augustus, un des deux guides inuits qui participait à l'expédition Franklin (voir l'illustration 2, p. 8). Durant cette même période, un certain nombre d'autres explorateurs de l'Arctique, dont le commodore John Ross (1829-1833), ont également rapporté des spécimens qui ont par la suite été décrits scientifiquement par d'éminents naturalistes européens comme W.O. Westwood et J.A. Boisduval.
Vers la même époque, plus précisément de 1827 à 1835, Philip Henry Gosse, originaire d'Angleterre, a séjourné à Carbonear, à Terre-Neuve. Ce naturaliste célèbre, alors commis à l'emploi d'une maison de commerce, a tenu un journal de ses observations et réalisé de magnifiques illustrations de la plupart des insectes qu'il a rencontrés. Des années plus tard, ses observations sur les papillons diurnes ont été publiées dans le Canadian Entomologist (1883). Gosse a également vécu pendant un certain temps à Compton, dans les cantons de l'Est, au Québec, et il a publié The Canadian Naturalist (1840), livre consacré à l'histoire naturelle de la région. C'est à cette ville que la grande vanesse (Nymphalis vaualbum) doit son nom vernaculaire anglais (Compton Tortoiseshell).
Entre 1859 et 1862, Robert Kennicott, de la Smithsonian Institution de Washington, D.C., a voyagé et récolté des papillons diurnes dans les Territoires du Nord-Ouest qui, à l'époque, constituaient l'ouest du Canada. Alors qu'il était à Fort Simpson, il a rencontré Christina Ross, épouse du facteur de la compagnie de la Baie d'Hudson, et il l'a encouragée à collectionner les papillons diurnes. Christina Ross a envoyé de très nombreux spécimens à William H. Edwards, de Coalburgh, en Virginie occidentale. Parmi ces spécimens se trouvaient une nouvelle espèce nommée en son honneur, le Colias christina. Edwards, un des plus éminents lépidoptéristes de son époque, correspondait avec des collectionneurs des quatre coins du pays. De nombreuses nouvelles espèces lui ont été soumises par ces correspondants. En 1887, un autre célèbre lépidoptériste américain, William Holland, auteur de The Butterfly Book (1898), a parcouru l'Ouest canadien de Winnipeg à Victoria en empruntant le réseau ferroviaire du Canadien Pacifique, profitant de chaque arrêt pour collectionner.
Durant la deuxième moitié du XIXe siècle, de nombreux lépidoptéristes canadiens se sont illustrés sur la scène internationale. La plupart d'entre eux ont contribué activement à la publication de la revue The Canadian Entomologist, dont le premier numéro est paru en 1869. John Macoun, un botaniste, a sillonné le pays à la recherche de plantes et d'autres spécimens pour le compte du gouvernement fédéral. Le nordique de Macoun (Oeneis macounii) a été nommé en son honneur. William Saunders est devenu le premier directeur du réseau des fermes expérimentales du ministère fédéral de l'Agriculture en 1886. Pharmacien de formation, Saunders avait déjà fait ses preuves comme entomologiste et possédait une imposante collection d'insectes, dont des papillons diurnes. On lui doit la description d'une espèce endémique au Canada, le papillon queue-courte (Papilio brevicauda). James Fletcher a détenu le poste d'entomologiste du Dominion de 1884 à 1908. Durant cette période, il a réalisé de longues expéditions sur le terrain afin de trouver des insectes (dont des papillons diurnes) et d'encourager d'autres lépidoptéristes à poursuivre leurs travaux.
Les importantes collections amassées par Macoun, Saunders, Fletcher et d'autres pionniers de l'étude des lépidoptères ont subséquemment été intégrées à la Collection nationale canadienne d'insectes. Cette collection est actuellement logée dans l'Immeuble K.W. Neatby, Agriculture et Agroalimentaire Canada, à Ottawa.
Au début du XXe siècle, le gouvernement du Canada a manifesté un intérêt particulier pour la portion septentrionale de son territoire, en grande partie pour des raisons politiques liées à des revendications territoriales, mais aussi pour répertorier les ressources naturelles de la région. Entre 1913 et 1918, le gouvernement canadien a financé l'Expédition arctique canadienne, dirigée par Vilhjalmur Stefansson et R.N. Anderson. Des scientifiques de nombreuses disciplines, dont des entomologistes, ont pris part à cette expédition. Un premier groupe, dit du Nord, a exploré l'océan Arctique et ses îles, tandis que l'autre groupe, dévolu au sud, a centré son attention sur les côtes de l'Arctique. En dépit de sérieux contre-temps, dont la mort de nombreux membres du groupe du Nord à la suite du naufrage du Karluk, les entomologistes ont réussi à amasser une collection de lépidoptères. Cette collection, qui a par la suite été intégrée à la Collection nationale d'insectes à Ottawa, a été étudiée et décrite par Arthur Gibson.
En ce qui concerne les papillons de jour, un fait intéressant qui se rattache à cette expédition est la capture en 1916 d'un seul spécimen de Colias par Fritz Johansen, sur une petite colline située près de Bernard Harbour. Johansen a identifié ce spécimen comme un Colias meadii, une espèce connue seulement des montagnes Rocheuses, entre l'Alberta et le Colorado. Aucun autre spécimen de cette espèce n'ayant été découvert ultérieurement durant de nombreuses années de recherche dans le nord du Canada, cette mention fut attribuée à une erreur d'étiquetage ou d'identification. James Troubridge et Kenelm Philip ont toutefois relocalisé en 1988 la colline où avait été trouvé le précieux coliade en se fondant sur les indications que Fritz Johansen avait inscrites dans son journal. Ils y ont trouvé une colonie prospère de ce papillon, par la suite décrit comme une nouvelle espèce et nommé Colias johanseni en l'honneur de celui qui l'avait découvert.
Durant cette période, d'autres établissements amassaient d'importantes collections d'insectes récoltés par leurs propres entomologistes ou légués par de plus en plus de collectionneurs privés. Parmi les établissements qui possèdent aujourd'hui une importante collection de papillons diurnes, mentionnons le Musée entomologique Lyman, situé sur le campus Macdonald de l'Université McGill à Montréal, et le Royal Saskatchewan Museum of Natural History, à Regina.
La section des Lépidoptères de la Collection nationale d'insectes à Ottawa continuant de prendre de l'expansion, des lépidoptéristes furent embauchés à temps plein en qualité de conservateurs et de chercheurs. Un certain nombre d'entre eux ont marqué l'histoire de l'étude des papillons diurnes au Canada. James McDunnough, collectionneur infatigable et systématicien durant la première moitié du XXe siècle, a grandement contribué à enrichir la Collection nationale canadienne. Il a décrit quatres espèces et 26 sous-espèces de papillons diurnes d'après des spécimens capturés au Canada.
En 1947, T.N. Freeman a entrepris ce qui allait devenir un important projet décennal avec l'intention d'accroître considérablement les connaissances sur les insectes de l'Arctique canadien. Cet inventaire des insectes du Nord canadien a conduit à la collecte de près de 750 000 insectes, y compris de nombreux papillons diurnes, et a permis d'élucider de nombreux aspects jusque-là méconnus de la répartition des papillons diurnes dans le nord du Canada. La liste des lépidoptéristes canadiens célèbres serait incomplète sans le nom d'Eugene Munroe. Durant les nombreuses années où il a oevré en qualité de systématicien à Agriculture Canada, il s'est imposé à l'échelle mondiale comme un lépidoptériste de premier plan. Aujourd'hui à la retraite, il continue de prodiguer des conseils aux lépidoptéristes du monde entier.
Le nombre de spécialistes professionnels et amateurs des papillons diurnes au Canada a beaucoup augmenté ces dernières années (le cadre du présent ouvrage ne permet malheureusement pas de leur rendre justice). Un nombre considérable d'articles et de livres sur les papillons diurnes ont été publiés, couvrant les papillons diurnes de sept provinces canadiennes (voir la bibliographie). Nous espérons que les nouvelles générations de lépidoptéristes continueront d'ajouter à cette solide base scientifique.
© 2003. Traduit de l'anglais avec la permission de Ross A. Layberry, Peter W. Hall et J. Donald Lafontaine (The Butterflies of Canada, University of Toronto Press; 1998). Photos de spécimens courtoisie de John T. Fowler.
La Toronto Entomologists' Association remercie Agriculture et Agroalimentaire Canada d'avoir fourni le contenu et le code informatique de cette page web.