

La plupart des Canadiens n'auront jamais la chance de contempler un magnifique jardin fleuri animé par une multitude de papillons au vol ondulant, peu importe s'ils vivent en plein centre-ville, en banlieue ou à la campagne.
Une des façons les plus satisfaisantes d'observer les papillons de jour est de le faire dans sa propre cour. En aménageant un jardin à papillons, on a l'impression de créer quelque chose de beau tout en participant à la conservation d'une partie du patrimoine naturel.
Pour pouvoir attirer et retenir des papillons diurnes dans votre jardin, vous devez leur offrir des sources de nectar, des plantes hôtes, des zones ensoleillées et des refuges. Bon nombre des fleurs qui se trouvent déjà dans votre jardin attirent probablement les papillons. L'aménagement d'un jardin à papillons doit cependant être planifié soigneusement, car si vous voulez attirer des papillons de la fin du printemps au début de l'automne, vous devrez choisir minutieusement les plantes à fleurs que vous inclurez dans votre jardin.
Certaines plantes à fleurs communément plantées dans les jardins, comme les phlox, les asters, les rudbeckies et les lilas, attirent les papillons de passage et peuvent être cultivées dans de nombreuses régions du Canada. D'autres semblent exercer un effet irrésistible, mais leur culture est malheureusement possible seulement dans l'extrême sud du Canada. Parmi celles-ci, mentionnons le buddleia (Buddleia davidii), également connu sous le nom d'arbuste aux papillons, et l'asclépiade tubéreuse (Asclepias tuberosa), belle espèce à inflorescences orangées. Il est cependant parfois possible de garder ces plantes pendant des années en les cultivant dans des endroits ensoleillés et abrités. Certaines plantes indigènes sont prisées par les papillons et peuvent être transplantées avec succès dans les jardins. Nous recommandons tout particulièrement l'eupatoire maculée (Eupatorium maculatum), la rudbeckie hérissée (Rudbeckia hirta) et diverses espèces de chardons (Cirsium spp.).
Toutes ces plantes ont pour caractéristique commune de produire de grandes quantités de nectar. À l'inverse, de nombreuses plantes hybrides comme les roses, les lis et les géraniums produisent très peu de nectar et n'ont donc pas leur place dans un jardin à papillons.
Pour attirer et retenir les papillons diurnes dans votre jardin, il est également important de leur offrir les plantes hôtes dont ils ont besoin pour se reproduire. Les femelles de nombreuses espèces parcourent parfois de grandes distances pour trouver les plantes hôtes qui leur conviennent, et en comblant leurs exigences, vous augmenterez considérablement vos chances de les retenir dans votre jardin. Certaines espèces qui s'éloignent rarement de leurs plantes hôtes pourraient même y former des colonies.
Votre potager peut également attirer des femelles prêtes à pondre. Si vous plantez de la moutarde, vous attirerez certaines espèces de piérides, en particulier la piéride du chou (Pieris rapae). La carotte et, mieux encore, certaines espèces apparentées comme le panais et l'aneth, sont avidement recherchées par le papillon du céleri (Papilio polyxenes) dans l'Est du Canada, et par le P. zelicaon dans l'Ouest. Si vous voulez attirer des papillons dans votre potager, vous devez vous attendre à devoir sacrifier une partie de votre production légumière. Dans le cas contraire, prévoyez quelques plants de plus.
La plupart des espèces de papillons diurnes ont une gamme d'hôtes restreinte. Certaines ne pondent leurs oeufs que sur une seule espèce de plante, tandis que d'autres sont inféodées à un seul genre ou à une seule famille de plantes. En connaissant les exigences des espèces les plus communes dans votre région, vous serez en mesure de choisir les plantes hôtes en conséquence. Par exemple, si vous souhaitez attirer des coliades, vous devriez semer de la luzerne ou du trèfle sur votre terrain.
La présence de certaines mauvaises herbes est indispensable à certaines espèces de papillons diurnes. Les chenilles du monarque se développent uniquement sur l'asclépiade (la plupart des autres espèces s'en nourissent également), tandis que de nombreux Nymphalidae comme la belle dame et le vulcain (Vanessa spp.) et les polygones (Polygonia spp.) ont besoin de chardons ou d'orties. Ces plantes peuvent être cultivées au fond du jardin, hors de vue (et de toucher) des visiteurs humains. Les papillons n'auront aucun mal à les trouver.
Certains arbres, en particulier les saules, les chênes et les peupliers, sont utilisés comme hôtes par de nombreux Lycaenidae, dont les porte-queue (Satyrium spp.) et les azurs (Celastrina spp.), ainsi que certains Nymphalidae. Une fois de plus, vous pourrez mieux planifier vos aménagements si vous connaissez les espèces les plus communes dans votre région et leurs exigences en matière de plantes hôtes. Vous trouverez dans cette publication des informations fort utiles à cet égard dans la description de chaque espèce, sous la rubrique « Stades immatures ».
La grande majorité des papillons diurnes aiment le soleil, et la plupart d'entre eux fréquenteront votre jardin seulement si celui-ci comporte suffisamment de zones ensoleillées. Cette exigence pourrait être difficile à satisfaire dans certains petits jardins de ville, et vous pourriez devoir tailler vos arbustes et vos arbres. Si votre jardin est situé à proximité d'un boisé, vous parviendrez peut-être à attirer des espèces d'ombre comme les satyres. Pour ces espèces, la présence de zones ombragées est indispensable. Un jardin à papillons doit également être bien abrité du vent. Très peu d'espèces tolèrent une exposition prolongée à un fort vent, en particulier lorsqu'elles se nourrissent de nectar ou sont à la recherche d'une plante hôte. En plus de servir de plantes hôtes et de sources de nectar, les arbres et les arbustes peuvent fournir un écran contre le vent.
Enfin, certains aménagements pourraient vous aider à attirer les papillons diurnes dans votre jardin et à les inciter à y rester. Certaines espèces se rassemblent autour des petites mares pour y aspirer les éléments nutritifs ou les sels minéraux qui suintent du sol. Vous pouvez reproduire ces conditions en gardant en permanence une parcelle de sable humide. Certaines espèces ont à l'âge adulte une affinité pour les fruits fermentés ou la viande en putréfaction. En plaçant des quartiers d'oranges ou de pamplemousses fermentés dans votre jardin, vous devriez parvenir à y attirer certains de ces papillons.
Les espèces qui hibernent au stade adulte, comme les polygones (Polygonia spp., dont le polygone à queue violacée), la grande vanesse et le morio (Nymphalis spp.), ont besoin de cachettes pour passer l'hiver. Elles utilisent souvent les troncs d'arbre creux ou les avancées de toit et les remises. Vous pouvez installer à leur intention un hibernaculum (grosse boîte ressemblant à un nichoir d'oiseau dont le fond est percé d'une ouverture ou dont les côtés comportent des fentes) afin de leur offrir un abri pour l'hiver. Cependant, les endroits fréquentés par ces espèces offrent habituellement des zones d'hivernage naturelles.
L'aménagement de jardins à papillons est devenu une activité très populaire dans de nombreuses régions du monde, dont le Canada. Plusieurs excellents livres ont été publiés sur le sujet. Nous recommandons tout particulièrement Butterfly Gardening: Creating Summer Magic in Your Garden, publié par la Xerces Society. Il faut toutefois garder en tête que ce livre couvre l'ensemble de l'Amérique du Nord et que certaines des plantes qui y sont mentionnées ne sont pas adpatées aux rigueurs de nos hivers.
© 2003. Traduit de l'anglais avec la permission de Ross A. Layberry, Peter W. Hall et J. Donald Lafontaine (The Butterflies of Canada, University of Toronto Press; 1998). Photos de spécimens courtoisie de John T. Fowler.
La Toronto Entomologists' Association remercie Agriculture et Agroalimentaire Canada d'avoir fourni le contenu et le code informatique de cette page web.